Au début des années 90, elles n'étaient pas nombreuses celles qui, comme Marie-Lise Pilote, pouvaient faire un spectacle d'humour seules sur scène. Avec bagou et audace, forte d'une jolie collection de personnages comme la Méchante ou la Fille des îles, Marie-Lise a tracé de nouveaux sentiers pour toute une génération de filles qui rêvaient de faire rire sans avoir à faire semblant d'être des garçons.
Quinze années ont passé depuis le lancement du troisième spectacle solo de Marie-Lise Pilote. La télé, la radio et le cinéma se sont chargés de garder l'humoriste bien occupée pendant tout ce temps. Mais la scène, même visitée momentanément, a conservé ses propriétés grisantes...
« Ces dernières années, j'ai donné beaucoup de conférences sur les métiers traditionnellement masculins et, à chaque fois, je me disais : "Ah! c'est le fun, être sur une scène!" C'est là que j'ai tout appris. C'est l'un des endroits où je me sens le mieux. Il y a une liberté sur scène qui n'existe nulle part ailleurs, encore plus en humour parce que tu es toute seule, tu peux te laisser aller. »
Marie-Lise a donc décidé de se lancer et elle amorce ces jours-ci les premières représentations de Réconfortante... mais pas reposante!, son quatrième spectacle solo. Pour l'humoriste, qui célébrera bientôt ses 30 ans sur scène, pas question de revisiter les thèmes qui la faisaient vibrer quand elle avait 20 ans... maintenant qu'elle en a 30 ans, souligne-t-elle en rigolant.
« J'avais envie de parler de choses que je trouve aberrantes, comme la chirurgie esthétique pour les gens qui sont déjà beaux et qui en veulent encore plus. J'avais aussi envie de parler des dons avec lesquels on vient au monde et qu'on doit développer. Moi, par exemple, j'ai le don de réconforter. Je suis réconfortante... à cause de ma poitrine. Elle est vraiment confortable! » pouffe-t-elle.
Mais avant qu'on l'appelle par son petit nom, Marie-Lise a d'abord été « la fille » du Groupe Sanguin. Si on peut sortir la fille du groupe, difficile de sortir le groupe de la fille... surtout quand Juste pour rire propose au quintette d'anciens complices de se retrouver, le temps d'un numéro spécial pour le 30e anniversaire du festival.
« Tout le monde a dit oui tout de suite! Il n'y a eu personne à convaincre. C'est comme si on se retrouvait une semaine après que le groupe se soit laissé. Ça va être une partie de plaisir d'aller faire ce numéro-là. On n'a jamais capitalisé sur ce qu'on avait fait dans le passé. Chacun est heureux dans sa vie présentement, et on est tous des gens qui vont de l'avant... Mais le fait d'avoir cette occasion-là, ça va être cool! »
Même si cette aventure d'un soir avec les copains n'aura pas de suite, Marie-Lise gardera tout de même à ses côtés son vieux complice, Dominique Lévesque, pour assurer la mise en scène de son spectacle solo.
Une affaire de filles
Se frayer un chemin au milieu de tous ces gars, Marie-Lise connaît ça. Au fil des ans, l'humoriste a presque pris goût à ce parcours atypique. Animatrice d'une émission de rénovation pendant sept ans à la télévision, porte-parole de l'initiative Chapeau les filles! pour faire la promotion des métiers traditionnellement masculins auprès des femmes, idéatrice d'une ligne de vêtements de travail conçus pour les travailleuses de la construction... Toutes ces années passées à être la seule fille de la bande ont appris à Marie-Lise que pour faire entendre sa voix, il ne faut pas avoir peur de parler un peu plus fort...
« Dans n'importe quel métier où tu es en minorité, c'est plus difficile de faire entendre ta voix. Ce n'est pas moi qui invente ça, qu'une fille qui parle fort, c'est une chialeuse, et qu'un gars qui parle fort, c'est quelqu'un qui s'affirme. Quand on est allés présenter la collection de vêtements Pilote et filles en quincaillerie, on n'a pas été super bien reçus. Il y avait des quincaillers qui ironisaient : "Allez-vous aussi faire des brassières pour mettre dans nos quincailleries?" Il a fallu les convaincre qu'il y avait des filles qui avaient besoin de nos produits. Puis, ils se sont rendu compte que ça se vendait, alors maintenant ils en achètent. Là, ils trouvent que ça a de l'allure, notre affaire! » s'esclaffe-t-elle.
En devenant porte-parole de Chapeau les filles! en 2010, Marie-Lise a eu l'opportunité de sillonner le Québec pour aller à la rencontre de jeunes filles et de femmes attirées par ces métiers généralement à haute teneur en testostérone. L'humoriste s'est vite rendu compte qu'il n'était pas nécessaire de savoir conduire un bulldozer pour se sentir concernée par ce que vivent ces filles.
« Je me suis énormément reconnue en elles. J'ai toujours su que j'étais une non-traditionnelle moi-même. On est moins de 13 % de femmes à faire de l'humour au Québec. Quand on regarde celles qui réussissent à en vivre, on voit que ce n'est pas encore évident pour les femmes dans ce milieu. Même si les femmes que j'ai rencontrées grâce à Chapeau les filles! exercent des métiers différents du mien, je me suis rendu compte qu'on a la même réalité, qu'on travaille toujours avec des hommes et que ce n'est pas toujours facile. »
L'avenir s'annonce... rose
En démarrant la compagnie Pilote et filles il y a cinq ans, Marie-Lise avait ce désir d'embrasser la différence féminine. Pas étonnant que, de la paire de bottes de travail à la chemise à carreaux, la compagnie ait choisi le rose comme couleur emblématique.
« Pour nous, c'était important de faire notre marque en s'affichant avec du rose. Des fois, je reçois des courriels de femmes qui travaillent dans la construction depuis 20 ans et qui me disent : "Marie-Lise, je ne peux pas porter des bottes roses pour aller sur le chantier parce que je dois passer le plus inaperçu possible pour me faire accepter dans un milieu d'hommes." Dans ce temps-là, je leur réponds qu'on offre aussi d'autres couleurs. »
Heureusement pour Marie-Lise l'entrepreneure, son flair semble ne pas lui avoir joué de tours. L'avenir s'annonce plutôt rose...
« Malgré tout, ce qui se vend le plus dans nos produits, c'est ce qui est rose. On dirait que la nouvelle génération de filles qui se dirigent vers ces métiers-là a envie de s'afficher. Je trouve ça le fun de voir à quel point les mentalités commencent à changer, à évoluer. »
On dirait que Marie-Lise aura des successeures!
Une rencontre de Karyne Lefebvre


