Fabienne Larouche a fait de l'écriture dramatique un sport olympique! Bon an mal an, l'auteure pond plus d'une centaine d'heures de télé chaque année. Difficile de tenir le compte de tous les personnages nés dans ces univers parallèles qu'elle a tissés au fil des saisons télé.
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Au bout du fil (téléphonique, celui-ci), Fabienne Larouche est fidèle à sa réputation d'hyperactive. Attrapée au vol entre une réunion qui s'éternise et un 5 à 7 dont elle sera l'invitée d'honneur, l'auteure prend le combiné quelques minutes pour discuter de son métier. Dans quelques heures, elle sera récompensée par la Fondation Émergence, qui a voulu souligner l'intégration de personnages homosexuels à son oeuvre télévisuelle. Un honneur qui la surprend.
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« C'est flatteur, bien entendu. Mais c'est ironique, parce que je discute de quelque chose qui est tout naturel chez moi et là, tout à coup, je me demande : est-ce que je suis la seule à faire ça? Je mets en scène des personnages ordinaires de la vie. On n'est pas une race, une couleur, un sexe : on est du monde! »
Couple homoparental dans Virginie, personnages gais dans 30 vies et Trauma... Lionel Rivard faisait même sa sortie du placard au terme de la série Scoop, au milieu des années 90... L'auteure ne voit toutefois pas dans sa démarche quelque chose d'exceptionnel.
« C'est arrivé comme ça. Nous autres, les auteurs, on regarde comment fonctionne la société et on réagit par rapport à ça. Au fond, on écrit des histoires qui représentent bien notre société. Tant mieux si on remarque que j'écris des personnages positifs, si on voit en eux de l'ouverture, de la tolérance. Ça veut dire que j'ai fait du bon travail. Ce qui est bien avec cet honneur-là, c'est qu'on reconnaisse ça chez l'auteure que je suis. »
Si les félicitations lui viennent cette fois sous forme de statuette, elles lui arrivent souvent par courriel ou par la poste, de la part de téléspectateurs qui reconnaissent leur vie dans les destins de ses personnages. Parmi ses admirateurs, on trouve Janette Bertrand, elle aussi saluée pour avoir parlé des « vraies affaires » au petit écran.
« Je suis depuis toujours une fan finie de Janette Bertrand! Depuis quelques années, elle me fait un grand plaisir : elle m'appelle après mes saisons de Trauma pour me dire "wow!" ou "J'ai écouté Virginie, et puis je m'étais dit que je n'allais pas embarquer dans 30 vies, mais tu m'as eue!" C'est une femme que j'admire, que j'estime et qu'on ne voit pas assez à la télé. »
Fil de fer
Au-delà des honneurs, le métier d'auteur vient souvent avec son lot de tempêtes. Récemment, les omnipraticiens du Québec prenaient en grippe les médecins fictifs de Trauma, à qui ils reprochaient un discours anti-médecine familiale. La ligne entre fiction et réalité serait-elle si mince? L'auteure doit-elle prendre des précautions pour ne pas tomber dans les stéréotypes ou les clichés? Au bout du fil, Fabienne essaie de garder son sens de l'humour, mais hausse le ton.
« Tout est cliché! Moi, je suis probablement un stéréotype aux yeux de quelqu'un d'autre. J'ai 53 ans. Je suis le stéréotype de la superwoman : je m'entraîne, j'essaie de ne pas avoir l'air trop vieille, je suis résiliente, courageuse, baveuse... Ça dépend de la lorgnette à travers laquelle on regarde les choses. »
Si on lui concède sans hésitation le titre d'auteure la plus prolifique de notre planète télévision, Fabienne Larouche semble toutefois pousser le concept de la superwoman un peu plus loin. L'auteure et productrice rigole, sachant qu'elle alimente elle-même son propre mythe...
« Je suis en train d'écrire Trauma 4. Après, on commence à tourner Unité 9 à la mi-mai, Trauma début juillet et 30 vies à partir du 12 août. Je suis la caricature de la superwoman, et je ne prends pas de vacances en plus! Je devrais me mettre en scène moi-même, je ferais rire tout le monde! »
L'idée de consacrer autant de temps à son boulot paraît-elle douce quand on y prend autant de plaisir ?
« Oui, il y a le plaisir, mais il y a le devoir avant tout. Le devoir avant l'affection, le devoir avant le plaisir. Pourquoi pas? Superwoman, comme dans les livres de psychiatrie! » s'esclaffe l'énergique Fabienne.
Autodérision? Sans doute. Il suffit de parler de télévision à Fabienne Larouche pour constater l'intensité de sa passion pour le petit écran. Ces jours-ci, elle pleure déjà la finale annoncée de Desperate housewives et se tord de rire grâce à l'humour corrosif de la nouvelle série du Britannique Ricky Gervais, Life's too short. Et la télé québécoise? Elle assure en consommer tout autant, mais en navigatrice experte, Fabienne évitera le sujet, un sourire dans la voix.
« Je ne peux pas parler de la télé d'ici parce que j'aime mes collègues et je ne voudrais pas dire qu'il y en a que j'aime plus que d'autres, rigole-t-elle. Mais je peux vous dire que je trouve qu'à la télé québécoise, on trouve beaucoup de choses divertissantes, intelligentes, populaires et de qualité. »
Une rencontre de Karyne Lefebvre


