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    «Laurence Anyways»: les acteurs se confient


    Xavier Dolan lors de la présentation de son film, le 14 mai dernier. (photo: Ismaël Houdassine)
    En cette première vraie journée d'été, le réalisateur Xavier Dolan est venu fouler le tapis rouge pour son dernier long-métrage Laurence Anyways au Cinéma Impérial. Accompagné de l’acteur Melvil Poupaud et des actrices Suzanne Clément et Monia Chokri, le cinéaste de 23 ans tenait à présenter son œuvre devant le public québécois avant le Festival de Cannes où elle sera projetée dans la section Un certain regard.

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    Nous sommes dans les années 90. Laurence et Fred filent le parfait amour. Ils s'aiment si fort que rien ne semble ternir leur bonheur, jusqu'au jour où Laurence annonce soudainement à sa petite amie qu'il veut devenir une femme.



    Le troisième long-métrage de Xavier Dolan (J'ai tué ma mère, Les Amours imaginaires) commence sur une confession. «Au-delà de la transsexualité, je voulais surtout parler d'une histoire d'amour», explique le jeune cinéaste. Une histoire d'amour qui devra passer au travers de multiples défis. «Mon film est la quête du personnage principal qui est confronté à cette transition extrême», déclare le réalisateur.

    Parler «québécois»

    Pour jouer cet homme qui devient une femme, le cinéaste a fait appel à l'acteur français Melvil Poupaud dont c'était la première expérience cinématographique au Québec, «je ne connaissais pas Xavier Dolan avant de travailler avec lui. J'adore ses deux longs-métrages précédents. Ce que j'aime dans son cinéma c'est qu'il fait ne fait aucune concession, ses films sont québécois avec le parler québécois malgré les pressions du marché international», affirme-t-il.

    Pour jouer Laurence, Melvil a dû sacrer souvent et utiliser un langage qu’il ne connaissait pas. «C'est vrai qu'il y a quelques scènes où je ne savais pas toujours ce que je disais», dit-il avec le large sourire. Mais pour l'acteur, le plus difficile reste l'expérience de la féminité, «la perruque ce n'était rien, le pire c'était les talons hauts, l'épilation et le maquillage. Tous les jours avant le tournage, c'était comme une mutation. J'allais me transformer durant deux heures», raconte-t-il.

    L'expérience reste toutefois inoubliable pour l'acteur. «Je n'ai pas de problème avec ma sexualité ni celle avec les autres, donc je n'ai pas de jugement. Je connais des transsexuelles, ce n'est pas tabou pour moi. De m'habiller en femme, ne me mettait pas mal à l'aise même si des fois, il peut y avoir des regards moqueurs ou concupiscents, mais j'étais assez fort pour dépasser tout cela et donner à Laurence une âme.»

    Peur de jouer le rôle


    En face de Laurence, il y a Fred, la blonde qui voit sa vie chamboulée par les révélations de son chum. «Imaginer votre copain ou votre copine qui vous demande de l'accompagner à travers une si grande transformation, c'est normal de perdre ses repères», raconte Suzanne Clément qui interprète cette femme déboussolée. «Même si j'avais beaucoup envie, j'ai quand même eu peur de faire ce rôle. Dans ces moments-là, je plonge la tête première», dit-elle.

    L'actrice Monia Chokri ne s'est pas non plus posée trop de questions. «Je ne pourrais jamais refuser de travailler avec Xavier», lance-t-elle. Dans Laurence Anyways, elle joue une sœur plutôt déprimée qui enfile cigarette sur cigarette, «la rage de mon personnage est une colère générationnelle, le mal-être de la génération X», poursuit Monia.

    Sa relation avec Laurence est conflictuelle, alors qu'elle est elle-même considérée comme une marginale. «C'est là le grand paradoxe de mon personnage. Ce n'est pas parce qu'on est différent qu'on peut accepter la différence des autres», conclut-elle.

    Le film sortira en même temps que sa projection à Cannes le 18 mai prochain.