Hollywood n’est certes pas étrangère aux grands mystères inexpliqués. Il y a la popularité de Kim Kardashian, par exemple. Ou cette obsession de refaire ce qui a déjà été fait (voire même refait).
Puis il y a Ted.
(IMDb.com)Sortie dans une relative indifférence sur les écrans il y a environ un mois, cette comédie grossière, mettant en vedette Mark Wahlberg et un ourson en peluche qui prend vie, est en train de faire un tabac partout sur la planète.
La réputée publication The Hollywood Reporter annonçait ce week-end que le film, réalisé par Seth MacFarlane (qui fait aussi la voix du nounours) venait de franchir le cap des 200 millions $ en Amérique du Nord – ce qui le place au 4e rang des films classés R (pour Restricted) les plus populaires de l’histoire.
De son côté, Deadline Hollywood rapporte que Ted suscite le même engouement dans plusieurs pays où il prend progressivement l’affiche – à tel point qu’en Allemagne et en Russie, par exemple, en plus de battre des records, il s’empare d’emblée de la première place devant… The Dark Knight Rises.
Un toutou vulgaire qui attire davantage les foules que Batman? On se l’explique difficilement. Certes, les deux films ne visent pas nécessairement le même public (même si TDKR ratisse beaucoup plus large, du simple fait qu’il s’agit d’une marque déjà solidement établie).
Et, non, malgré les apparences, Ted n’est pas le sous-produit insipide initialement anticipé. La bonhomie opère entre Wahlberg et son toutou (fort bien animé, d’ailleurs). Et en termes de gags qui font mouche sur l’échelle du « vulgairomètre », le film se situe quelque part entre The Hangover et Bridesmaids.
Mais de là à dire qu’on a affaire à une désopilante comédie qui, justement comme The Hangover, détonne du paysage cinématographique estival de par son originalité et sa fraîcheur… Ted est beaucoup trop prévisible, et l’humour tombe trop souvent à plat, pour pouvoir prétendre à de tels éloges.
Alors pourquoi un segment de plus en plus important du public ne semble en avoir que pour les flatulences et les pulsions sexuelles d’un nounours intoxiqué, au point d’en faire le succès de bouche à oreille de l’été? Permettez-nous d’avancer une théorie: ce succès est en grande partie attribuable à un appétit non rassasié.
En effet, l’offre estivale 2012 semble surtout s’être limitée aux superhéros de tout acabit et aux mégaproductions dont l’envergure des effets spéciaux est inversement proportionnelle à la qualité du scénario, et Ted s’est simplement frayé un chemin dans cette cacophonie hypermédiatisée pour venir combler une lacune auprès du public: l’envie de rire, sans nécessairement avoir à réfléchir.
Force est d’admettre, toutefois, qu’un minimum de finesse dans le scénario (et un maximum de gags gras) est aussi un ingrédient essentiel qui élève Ted au-dessus de la mêlée. Autrement, on serait peut-être aussi à tenter d’expliquer le mystère du succès de bides comme The Dictator et That’s My Boy…
