Armés d’un budget somme toute modeste de 5,5M$ , le réalisateur Claude Desrosiers et l’équipe de direction technique et photographique ont réussi de petits miracles visuels dans cette comédie signée par le trio qui nous a pondu Camping Sauvage en 2004.
Derrière L’empire Bo$$é, il y a Bernard Bossé (Guy A. Lepage), un requin financier qui a eu la piqûre de l’argent dès son plus jeune âge. À mi-chemin entre l’hagiographie et le travail visuel nous rappelant par moments Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain), Desrosiers nous sert une savoureuse mise en scène de la naissance d’un futur magnat.
Accompagné de son ami/bras-droit/mentor Coco (Claude Legault), un simple d’esprit à qui il doit la quasi-totalité de ses idées créatives , Bossé connaîtra le succès dans sa jeunesse, avant de tout perdre lors d’une arnaque financière dont il sera victime avant de se refaire et de jouer à l’arnaqueur à son tour.
L’empire Bo$$é n’est rien de moins – et rien de plus – qu’une satire énorme de toute la pollution économique et politique (investisseurs floués, magouille, scandale des commandites, prises de contrôle hostiles, pots de vin et tutti quanti) dans laquelle le Québec semble s’embourber depuis des années.
D’ailleurs, voilà un film qui, même si les thématiques ne sont pas uniques à la Belle province, ne s’adresse véritablement qu’à ceux qui suivent de relativement près l’actualité afin d’en apprécier tous les clins d’œil, aussi grassement marqués au feutre soient-ils.
Si la qualité technique du film étonne, elle détonne tout autant, tant le contenant et le contenu ne semblent pas parler le même langage. Grâce à des mises en scène inventives, un audacieux travelling pour illustrer le passage du temps et l’utilisation de couleurs spécifiques pour les costumes et accessoires pour marquer les différentes époques, le véhicule dans lequel l’histoire se meut est excitant à l’œil. Mais est-ce que tout ce tape-à-l’œil sert le récit? Plus ou moins.
On ne peut certainement pas reprocher aux interprètes de manquer de présence et de charisme à l’écran (Valérie Blais, Claude Legault. James Hyndman, Élise Guilbault, le justintrudeauesque Benoît McGinnis, Gabriel Arcand… de quoi faire saliver n’importe quel agent de casting). On ne peut pas reprocher non plus à Guy A. Lepage de ne pas faire d’effort (plus convaincant que dans Camping Sauvage, il est porté par ses co-interprètes dans Bo$$é, sans plus).
Ce qui accroche dans cette entreprise, c’est l’inégalité entre les scènes et la qualité des dialogues. Parfois incisifs et brillants, ceux-ci tombent souvent dans la caricature à tout rompre (c’est l’idée de départ du film, mais quand même), alors que plus de retenue aurait souvent mieux fait passer l’énorme message. Alors que la première moitié du film se déroule à un rythme permettant d’apprécier chacune des étapes de la vie de Bossé, la seconde partie – incluant une pénible parodie de la Commission Gomery – se dépêche de conclure avec toute la subtilité d’un Vincent Lacroix ayant accès aux épargnes d’une rentière.
Comme dans Camping Sauvage – on y revient en raison du même trio d’écriture – on sent l’influence des ex-RBO Lepage, André Ducharme et Yves Pelletier. La question se pose donc : à quand alors un véritable film 100% RBO, qui s’assume complètement comme tel?
Alors, un bon investissement que Bo$$é? Oui, car on adore l’autodérision, mais on ne comptera pas là-dessus pour assurer ses vieux jours.
Notre critique: «L’empire Bo$$é», un investissement sans risque?
Par Martin Morin | Le blogue Cinéma de Y! Québec – ven. 16 mars 2012 12:45 HAE@yahooquebec sur Twitter, devenez fan de Facebook
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