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    Le blogue Cinéma de Y! Québec

    Notre critique: «Nous avons un pape»

    Il faut vraiment faire un vaillant effort de mauvaise foi  - dans tous les sens du terme – pour se dire outré par le magnifique Habemus Papam (Nous avons un pape), de Nanni Moretti.


    Le réalisateur/acteur italien, récipiendaire de la palme d’or à Cannes en 2001 pour La chambre du fils dans lequel il jouait également – à l’instar de son rôle dans Habemus – un psychanalyste, s’est interrogé sur le doute, et pas n’importe lequel.  Et si le pape doutait?  S’il n’était pas l’homme de la situation?  Le guide spirituel d’un milliard d’humains peut-il faillir à la tâche ou – pire – refuser de l’exercer?

    Pas étonnant donc que, bien accueilli par plusieurs médias et organismes catholiques, Habemus Papam n’ait pas eu un écho favorable chez certains.

    Ainsi, on peut lire dans un texte de Vanja Luksic que «l’Église est partagée. Le critique de la revue des Jésuites Civiltà Cristiana est enthousiaste, comme celui de Radio Vatican, tandis que dans L'Avvenire, le quotidien de la Conférence épiscopale italienne, un vaticaniste appelle au boycott du film, tout en avouant ne pas l'avoir vu! Le site catholique traditionaliste Pontifex a même déposé plainte contre le cinéaste et les producteurs pour 'outrage au pape en tant que chef d'État'».

    On est quand même très loin de La Passion du Christ de Mel Gibson, en 2004, un film dont la violence visuelle non équivoque a provoqué un déversement de fiel et de dénonciations à travers toute la planète catholique… permettant au film d’engranger des millions au passage grâce à la controverse.

    Respectueux dans leur travail d’écriture, de réalisation (pour l’un) et de jeu (pour les deux), Nanni Moretti et son pape, l’exceptionnel Michel Picolli (86 ans), ne tentent pas de créer un tollé mais bien de poser une question toute simple: qu’arriverait-il si, à la suite d’un conclave réunissant les évêques du monde entier, le nouveau pape désigné ne se sentait pas à la hauteur du titre, à quelques minutes de tenir son premier discours à la face du monde?   Comment le convaincre?  Et surtout, comment sauver la situation devant les médias nerveux et les croyants anxieux?

    La solution – s’il y en a une – réside dans les mains du principal intéressé qui réussira à fuir cette prison dorée et à se questionner, en «bonne» compagnie, sur l’origine de son soudain mal à l’âme.   Acteur ayant échoué au Conservatoire, ce pape nommé serait-il en train de manquer le plus grand rôle de sa vie?

    Difficile de rater les costumes et les décors avec un tel sujet.  Tous sont magnifiques, même si le Vatican – évidemment – a refusé que le film soit tourné en ses murs. L’équipe s’est ainsi tournée vers le Palazzo Farnese  - le Palais Farnèse – de Rome, un édifice magnifique qui abrite aujourd’hui l’ambassade de France à Rome ainsi que l’École française.  Quoi de plus normal pour une co-production franco-italienne?

    La musique composée par Franco Piersenti s’occupe du reste. 

    Habemus Papam est un film à la fois drôle (eh oui!) et immensément touchant.  Ne vous faites pas prier pour le voir.