Il y a déjà plusieurs heures que j’ai vu Dérapages et je ne décolère toujours pas. Non pas que cette rare incursion québécoise dans le documentaire grand public, une fois de plus signée Paul Arcand, soit un échec.
Au contraire, l’intérêt est soutenu et la mise en scène demeure somme toute professionnelle, même si on peut reprocher à Arcand certains «dérapages» au niveau des clichés, comme ces plans à répétition de routes filmées à toute vitesse, ou encore ces statistiques lancées ça et là à l’écran pour appuyer le propos.
Ce qui m’a mis en furie, c’est cette inconscience et cette espèce de refus de la responsabilité qui se manifestent régulièrement tout au long du film. Arcand, pour des raisons qui lui sont propres, a préféré axer son documentaire sur le point de vue des jeunes à qui tant d’accidents causés par l’alcool et l’excès de vitesse sont attribuables. Un choix certes judicieux et pertinent lorsqu’il s’agit des témoignages émotifs des victimes directes et collatérales, condamnées à ramasser les morceaux de leur vie après une grave erreur de jugement.
Toutefois, c’est lorsque le réalisateur donne la parole à des «accros à l’adrénaline, man» qui n’ont rien à foutre des campagnes préventives et des accidents mortels «qui n’arrivent qu’aux autres», justifiant leur sidérante insouciance avec l’infâme argument généraliste que «de toute façon, on est TOUS coupables de folies de jeunesse impliquant vitesse et alcool», que je m’emporte.
Désolé, les boys, mais vous faites erreur. Des partys de jeunesse arrosés, j’en ai eu un et un autre, mais jamais il ne m’est passé par l’esprit d’embarquer mes chums pour aller faire les fous à 150 km/h sur une route de campagne. Avec pour résultat qu’aujourd’hui, je ne suis pas condamné à me faire nourrir sur une chaise roulante, et je n’ai aucune mort sur la conscience. Car voilà un mot-clé qui semble vous échapper: conscience. Comme dans: conscience que votre vie ne vous tient peut-être pas à cœur, mais que celle de mes enfants me tient à cœur, moi.
Personne ne peut demeurer insensible devant ces images d’une mère éplorée face à la mort insensée de sa fillette de 3 ans, Bianca Leduc, happée par un abruti le jour de l’Halloween alors qu’elle était dans sa cour. Personne, sauf visiblement ces quelques amas de testostérone davantage préoccupés par l’idée qu’on leur enlève leur permis que par celle d’enlever eux-mêmes une vie.
Si certaines personnes interviewées font preuve d’une touchante éloquence (particulièrement les victimes et leurs parents), d’autres se démarquent pour leurs commentaires tellement aberrants qu’on en rirait si ce n’était pas si enrageant. À preuve, ces deux exemples de verve inspirée puisés parmi d’autres:
- Un ado qui se fait reprocher par le policier qui vient de l’arrêter d’avoir roulé à 150 dans une zone de 70 : «Come on, sérieux, man, je roulais juste à 140! »
- «On a une tête sur les épaules, voyons! C’est sûr que c’est le moins saoul d’entre nous autres qui prendrait le volant», dixit le Jean-Paul Sartre d’un groupe de savants postpubère.
Je sais très bien faire la part des choses, et je n’irais certainement pas affirmer que Dérapages trace un portrait objectif ou nécessairement représentatif de tous les jeunes conducteurs. Ce serait tomber dans le même piège généraliste que je reproche à quelques «vedettes» du documentaire.
Par contre, je sais aussi très bien que ces quelques jeunes, eux, sont représentatifs d’un segment de la population adolescente, un segment très dangereux parce que son besoin de sensations fortes semble complètement l’immuniser contre tout effort pour le convaincre qu’une seule seconde suffit pour passer de sensations fortes à zéro sensation. Incluant ce documentaire, qu’il n’ira fort probablement pas voir, de toute façon.
Dommage. Car si ces gens s’en donnaient la peine, je peur dirais de bien regarder le jeune Mikael Borduas, que la vitesse a condamné à une vie quasi végétative dans un CHSLD. Puis de le regarder encore. Et encore. Car Mikael, c’est votre ami. C’est votre frère. C’est vous, si vous ne changez pas votre attitude.
Notre critique: «Dérapages»
Par Rock Pinard | Le blogue Cinéma de Y! Québec – jeu. 26 avr. 2012 15:22 HAE@yahooquebec sur Twitter, devenez fan de Facebook
DERNIERS BLOGUES
VOS AMIS EN PARLENT
Aujourd'hui sur Yahoo!
1 - 8 de 48
DERNIÈRES ACTUALITÉS

L'agenda des copines du samedi 25 mai 2013 !
Découvrez l'agenda des Plus »

Guillaume Gallienne distingué à la Quinzaine des réalisateurs
A la différence des Plus »

Selena Gomez : elle est sortie diner en tête à tête avec Jaden Smith !
Justin Bieber aurait-il Plus »

