Disons-le d’emblée, peu de Québécois connaissent la télésérie Dark Shadows, dont les 1225 épisodes – oui, vous avez bien lu – ont été présentés entre 1966 et 1971. Autant en si peu de temps? C’est que Dark Shadows se voulait un soap opera quotidien , à l’instar de ceux qui existent encore de peine et de misère aujourd’hui – à la différence que les intrigues se déroulaient entre vampires, loups-garous, sorcières, fantômes, etc.
Si vous faites un lien avec The Addams Family, série de 64 épisodes présentée plus tôt, cessez tout de suite. On s’amuse ferme en écoutant les épisodes ou les deux très bons films sur les Addams; on ne s’amuse pas vraiment avec le Dark Shadows de Tim Burton. Et même, on s’ennuie.
Capable du meilleur (Big Fish) comme du pire (Charlie and the Chocolate Factory), Burton est un de ces réalisateurs qui, je ne l’apprends à personne, possède une signature qu’on reconnaît immédiatement. Entouré de ses éternels collaborateurs – Depp en tête d’affiche et Danny Elfman à la musique – il a décidé de revoir à sa façon une série culte dont le résultat est… inintéressant. Faut le faire, considérant le matériel disponible.
Sans être une monstruosité sans nom comme l’était sa relecture inutile de Planet of the Apes en 2001, Dark Shadows, qui se veut un hommage à la série, tombe à plat. En fait non; pour tomber, il faut auparavant gagner un peu de hauteur, ce que le film n’arrive même pas à faire.
Natif de Liverpool, le jeune Barnabas Collins (Depp) quitte l’Angleterre en 1782 avec ses parents pour aller faire fortune en Amérique. La famille y créera une bourgade qui portera son nom, Collinsport. Angélique Bouchard, servante dans leur luxueux manoir, est amoureuse de Barnabas mais cet amour ne lui est pas retourné. Erreur! Angélique est une sorcière, qui forcera la femme aimée de Barnabas à se suicider et qui jettera un sort à ce dernier. Il devient vampire, est enfermé dans un cercueil et enterré par la foule en colère. Il restera sous terre pendant 196 ans.
À sa sortie, il rejoint le manoir où vivent de peine et de misère les héritiers Collins. Mais Angélique est toujours là et, bref, vous voyez le portrait.
Nous avons parlé au début de vampires, loups-garous, etc. Si vous vous attendez à un film «fantastique», oubliez cela. Si vous vous fiez à la bande-annonce, vous serez déçu. Si les vampires ont toujours la cote, le teint blafard et les lignes récitées par cœur de Depp n’ajoutent rien à la flamboyance attendue d’un tel personnage. L’intrigue, si on peut s’exprimer ainsi, est relativement nulle et il y a autant de rebondissements que dans un sofa défraîchi. Comme préparation pour le rôle, Depp s’est contenté de reprendre son Willy Wonka, la coiffure en moins.
Tous, sauf Michelle Pfeiffer et encore, sont sur le pilote automatique. Voilà une énième histoire d’amour impossible qui devrait vous faire roupiller solidement après la première heure. Si Dark Shadows – la série – se démarquait totalement du reste à la fin des années 60, le film ne lui apporte aucune fraîcheur et fait bien pâle figure à côté d’autres titres proposés en salle.
Comment expliquer ce manque de panache? Burton se contente-t-il de faire du Burton? Qu’est-il resté à la table de montage? L’erreur ici est de faire porter tout le poids du film sur Barnabas, qui n’a clairement pas ici l’échine assez solide pour cette tâche. Les autres protagonistes, plus que secondaires, n’incitent à aucune empathie ou sympathie.
Ah, et il y a Alice Cooper. On en pleure, mais pas de rire.
La qualité des bons souvenirs, c’est qu’on les place dans un contexte qui nous réjouit. Les dépoussiérer et les réinventer, comme tente de le faire Burton, n’est pas dans ce cas précis, la meilleure des idées. On le préfère, et de loin, lorsqu’il crée un univers de toutes pièces.
Notre critique: «Dark Shadows»
Par Martin Morin | Le blogue Cinéma de Y! Québec – sam. 12 mai 2012 13:57 HAE@yahooquebec sur Twitter, devenez fan de Facebook
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