ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    Le blogue Cinéma de Y! Québec

    Lettre à Madonna

    Chère Madonna,

    Tu permets qu’on se tutoie? Je sais qu’on ne se connaît pas comme tel, mais il y a tellement longtemps que tu fais partie du paysage médiatique, que j’ai l’impression que tu fais partie de la famille.

    Si je t’écris aujourd’hui, ce n’est certainement pas pour critiquer ta brillante carrière musicale, qui ne semble montrer aucun signe d’essoufflement. D’ailleurs, tu seras fière d’apprendre que ton prochain spectacle sur les plaines d’Abraham s’est vendu en moins de temps qu’il en faut pour dire «Lady Gaga me copie».

    Non, cette missive porte plutôt sur un sujet, disons, plutôt délicat. Je tenais à te parler de ta carrière au cinéma. Comme tu sais, ton deuxième effort derrière la caméra, au titre étrange de W.E. arrive en DVD aujourd’hui. Or, corrige-moi si je me trompe, mais je crois que le nombre total de personnes qui l’ont vu ne suffirait pas à remplir le Metropolis. Quant au premier film que tu as réalisé, Filth and Wisdom (2008), pas la peine d’en parler – je crois que même les comédiens ne savaient pas que tu le tournais.

    Tout cela sans parler de ton «illustre» carrière d’actrice, et, oui, les guillemets se veulent sarcastiques. Mais je ne t’apprends rien, n’est-ce pas? Cela me brise le cœur d’avoir à te le dire aussi franchement, mais ce n’est pas parce qu’on excelle dans un domaine artistique en particulier que ce talent s’applique nécessairement dans d’autres sphères d’activité.

    Je peux certes imaginer ta déception, toi la perfectionniste qui voudrait tant qu’on l’admire dans tout ce qu’elle entreprend. Mais vois-tu, Madge – je peux t’appeler Madge? —, lorsque notre CV inclut entre autres l’un des pires fiascos du cinéma (c’était Shanghai Surprise avec ton mari de l’époque Sean Penn, tu te rappelles? Tu préfères oublier? Je te comprends), et que chaque apparition devant ou derrière la caméra suscite davantage risée et mépris qu’admiration, il me semble qu’il y a là un message clair que « persiste et signe » n’est peut-être pas la meilleure philosophie à adopter.

    Pourtant, et je tiens à ce que tu le saches, il m’est arrivé de prendre ta défense. Bon, à une seule occasion, mais quand même. Alors que la planète entière semblait vouloir s’acharner sur ta performance dans Evita, j’ai clamé haut et fort que, même si tu n’as certes pas la voix d’une diva de Broadway, tu étais parfaitement dans ton élément – et on a même pu apercevoir ici et là sur ton visage des traces d’émotions autres qu’une assurance qui frôle l’arrogance.

    Tu veux que je te dise ce que je pense? M’est avis que si tu continues malgré tout à retourner sur les plateaux de tournage, c’est purement par entêtement. L’entêtement d’une femme qui n’est nulle autre que Madonna, bordel, l’une des plus grandes célébrités de l’univers, et garde à celui ou celle qui osera lui dire non.

    Or, c’est justement ce dont tu as besoin, ma chère Madonna. D’être entourée de gens qui ont le courage de te dire non lorsque tu envisages de replonger dans un projet cinématographique. Des gens qui savent que d’autres perdront leur argent en investissant dans tes frasques narcissiques, et que, ultimement, comme l’Histoire l’a répété maintes fois, c’est la chanson qui fera de toi une immortelle de la culture pop.

    Tu le constateras par toi-même à Québec en septembre prochain. Je te parie que ce que la foule en délire scandera, ce ne sera pas «Swept Away! Swept Away!»…