Le succès de The Avengers (pardon, Marvel’s The Avengers, pour faire pompeux) est d’ores et déjà assuré, le film affichant des recettes de plus de 260 millions $. Et avec ses quelque 170 millions $, Battleship peut lui aussi se targuer d’être sur la bonne voie.
Vous dites? Comment est-ce possible, puisque tous deux n’ont même pas encore pris l’affiche? Excellente question, à laquelle j’apporte cependant une précision: tous deux n’ont pas pris l’affiche… ici. Chez nous. En Amérique du Nord. Les gros millions paradés ci-haut représentent en fait les revenus générés par ces deux canons estivaux ailleurs dans le monde.
Car, mondialisation oblige (et facilite), Hollywood tend de plus en plus à tâter les eaux internationales de quelques-unes de ses plus grosses productions avant de procéder à leur lancement officiel sur leur propre terrain. L’une des raisons est sans doute de rassurer les investisseurs quant au potentiel d’un film dont le budget se situe confortablement dans les neuf chiffres. À ce chapitre, ces derniers peuvent certes pousser un soupir de soulagement. Même si Avengers (chose peu probable) et Battleship (chose un peu plus probable) ne livrent pas à la hauteur des attentes de ce côté-ci de l’Atlantique, la profitabilité semble à la portée de tous.
Remarquez, je ne suis pas du genre à jalouser le Sri Lanka parce que le pays a eu le privilège de voir le dernier Harry Potter avant moi. Tant bien leur fait. Ce qui m’agace, toutefois, c’est que cette tactique de marketing des grands studios représente une autre forme de rouleau compresseur médiatique qui vise à nourrir les attentes, mais qui finit plutôt par générer un certain écoeurement.
Il fut un temps ou une simple bande-annonce à la télé et une affiche dans le lobby d’un cinéma suffisaient à créer un engouement pour un film à venir. Or, en cette ère du Web, des réseaux sociaux, de l’information instantanée, des blogues, des critiques improvisés (coupable, Votre Honneur) et, désormais, des gros titres vantant la performance ailleurs avant la sortie ici, il semble que le seul recours afin de pouvoir apprécier un film sans un bagage d’informations, d’images et d’attentes préalablement enfoncées dans la gorge soit l’isolement dans une cabane au sommet d’une montagne. Sans wi-fi, bien sûr.
Jadis, c’était «Un film s’en vient, il met en vedette un tel, et il vise à vous faire peur». Aujourd’hui, c’est plutôt «Il faut ABSOLUMENT que vous alliez voir ce film parce que TOUT LE MONDE en Corée du Sud l’a ADORÉ, et Supercritic lui a donné SIX ÉTOILES, et ça parle d’un superhéros qui protège la planète d’un envahisseur appelé Zurk et ils se livrent une grosse bataille vers la 87e minute du film et le superhéros lui en colle toute une et après, il tombe en amour avec la belle Miss PowPow mais elle meurt à la fin alors c’est triste».
Où est la surprise, bordel? Est-ce encore possible, en 2012, d’aller voir un film sans connaître d’avance les moindres détails du scénario? En arrivant à froid et en ayant l’occasion de se forger notre propre opinion? La réponse est: oui, si le film est une œuvre serbo-croate en noir et blanc disponible dans la 7e rangée au fond de la Boîte noire…
Bon, si vous voulez bien m’excuser, je dois aller sur YouTube visionner la scène finale du prochain Batman piratée par un Sri Lankais…
Effet de surprise: R.I.P.
Par Rock Pinard | Le blogue Cinéma de Y! Québec – mer. 2 mai 2012 15:39 HAE@yahooquebec sur Twitter, devenez fan de Facebook
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